Éléments de réflexion

Parmi toutes les disciplines martiales ou sports de combat l’aïkido se distingue certes par l’absence de compétition mais aussi et surtout par la volonté affichée et concrétisée par la structure même de l’art, de se sortir d’une situation conflictuelle avec le moins de dégâts possible. Non seulement pour soi-même mais aussi et surtout pour l’éventuel agresseur. L’optimum étant d’éviter le conflit tout simplement.

Ce concept est d’abord à finalité pratique. Ne pas tuer (autrefois) ou blesser physiquement ou mentalement son opposant – ne pas même lui faire perdre la face –, cela doit éviter de laisser des « traces », physiques ou psychiques, qui elles déclencheraient l’esprit de revanche, de vendetta.

lire la suiteL’esprit de l’Aïkido

Parmi toutes les disciplines martiales ou sports de combat l’aïkido se distingue certes par l’absence de compétition mais aussi et surtout par la volonté affichée et concrétisée par la structure même de l’art, de se sortir d’une situation conflictuelle avec le moins de dégâts possible. Non seulement pour soi-même mais aussi et surtout pour l’éventuel agresseur. L’optimum étant d’éviter le conflit tout simplement.

Ce concept est d’abord à finalité pratique. Ne pas tuer (autrefois) ou blesser physiquement ou mentalement son opposant – ne pas même lui faire perdre la face –, cela doit éviter de laisser des « traces », physiques ou psychiques, qui elles déclencheraient l’esprit de revanche, de vendetta.

Cette notion se décline aussi sur un plan beaucoup plus élevé : ne pas laisser de traces corporelles ou mentales certes mais aussi idéalement ne pas laisser de « traces karmiques ».

Elle est également profondément ancrée dans le Bouddhisme Zen. La volonté de réduire au mieux les conséquences d‘une défense, rejoint la recherche de l’acte naturel où toute « action parfaite » est réalisée « sans s’attacher aux fruits ». Alors seulement elle ne laisse aucune trace (1).

Une autre façon de l’exprimer consiste à parler d’une action désintéressée et naturelle. Y compris dans ce que l’on est amené à faire éventuellement pour se défendre. Il s’agit de ne rien faire si ce n’est pas vraiment nécessaire ou si cela ne s’impose pas naturellement. Plus encore, il faut déjà dans la pratique quotidienne de la discipline, songer à arrêter son coup, sa force, sa frappe(Jo) ou sa coupe (Ken, Iaïto, Shinken) dans le travail des mouvements de base. C’est ainsi, sur un plan plus élevé, travailler avec un esprit de mansuétude, de miséricorde.

C’était un leitmotiv chez Nishio Sensei (1927 – 2005) lorsqu’il enseignait.

Et ce n’est pas par hasard qu’il a intitulé son seul ouvrage (2) écrit sur l’Aïkido : « Aïkido –Yurusu Budo ». Ce qui peut se traduire par : « l’Aïkido - le Budo du pardon, de la mansuétude ».

La traduction anglaise que propose l’ouvrage pour Yurusu Budo est : « Budo of acceptance ». Dans cette perspective notre discipline est basée sur une acceptation réciproque, d’abord celle de Tori (l’attaqué) qui va accepter l’attaque pour bien sûr esquiver au tout dernier moment. Puis dans le déroulement de la technique ce sera Uké (l’attaquant initial) qui sera amené à accepter un changement important de situation. C’est aussi pourquoi Nishio Sensei parlait de l’aïkido comme d’un échange, d’un exercice d’accueil et de tolérance.

Nishio Sensei répétait souvent que, dans la plupart des techniques soit à mains nues soit au Ken, au Jo ou au sabre, on a 4 ou 5 opportunités d’en finir brutalement par une frappe (atémi à un point vital) ou au sabre par une coupe. L’idéal de la pratique de l’Aïkido est cependant de ne pas en faire usage. D’abord cela permet, dans les Kumitachis qui reproduisent des techniques d’aïkido à mains nues, d’effectuer le mouvement complètement. Mais ceci permet aussi en quelque sorte d’interroger son « partenaire-adversaire » à chaque étape où s’exerce cette mansuétude : voulons-nous vraiment cela ?

 

 Nishio Sensei et Paul, CREPS de Strasbourg 1996.

 

L’Aïkido offre ainsi une nouvelle voie : celle d’un Budo de l’accueil, de l’acceptation.

L’Aïkido a été créé par son fondateur O Sensei Morihei Ueshiba pour permettre de suivre ce chemin : celui de vivre, laisser vivre, d’accueillir, de pardonner au travers de chacune des techniques de base.

Cette idée est présente dès l’abord. En Aïkido pas de « garde » ou de posture d’attente particulière qui pourrait déjà s’apparenter à une provocation. Juste une posture naturelle. Le Kamae (la garde) est alors caractérisé de Mu-Kamae (« sans garde »). Sans garde physique apparente certes mais pas au niveau mental où la garde (vigilance et concentration) est bien présente. C’est le cas à mains nues, mais aussi au Ken ou au sabre avec Nishio Senseï.

Puis on retrouve aussi cette idée tout de suite après l’attaque, après le De-Aï (prise de contact) où se produit la phase importante de « Michibiki », « la conduite » du partenaire-adversaire. C’est dans cette phase que s’exprime tout l’esprit de la discipline, puisque cette phase va montrer physiquement que les 2 acteurs de l’échange, sont passés d’une situation d’opposition (avant et pendant l’attaque) à celle d’un suivi d’une même direction dans la technique qui se développe. Et si le mouvement se déroule comme prévu ils ne forment plus qu’UN, jusqu’à la conclusion, l’Ukémi ou le contrôle au sol (Osae).

Ceci est exprimé au mieux par les paroles même d’O Sensei : « Le vrai BUDO est une œuvre d'Amour. C'est donner la vie à tous les êtres et ne pas tuer ou lutter contre les autres. L'Amour est la déité protectrice de toutes choses. Rien ne peut exister sans lui. L’Aïkido est une réalisation de l'Amour.

Le véritable BUDO est une protection aimante de tous les êtres dans l'esprit de réconciliation. Réconciliation pour accomplir sa propre mission. Le secret est de s'harmoniser avec le mouvement de l'univers et de se mettre en accord avec l'univers lui-même. »

Pour arriver, ne fut-ce qu’un peu, à approcher cette voie, cet esprit particulier d’ouverture, d’accueil, de tolérance, donc finalement d’amour qui doit sous-tendre tout travail en Aïkido, c’est l’ego qu’il faut réduire. Et le mode de pratique, la façon dont est mené le Keiko (la pratique) doit y conduire.

C’est le rôle même du Dojo.

Le mot DOJO, qui est initialement un terme religieux, désigne le lieu pour parvenir à la réalisation de la Voie. C’est un lieu où l’on est exposé, où l'on faisait face, autrefois, à la vie et à la mort, à la création et à la destruction en soi-même, à la nudité intérieure. Actuellement c’est au moins le lieu où il n'y a pas de discrimination entre riche et pauvre, jeune et vieux, homme et femme, fort et faible. C'est le lieu où devrait s’effectuer une sérieuse réduction de l’ego. Cela par le travail sur soi, physique certes mais aussi mental.

Chaque séance devrait être vécue comme un Misogi. Le concept de Misogi vient là aussi souligner l’aspect particulier que devrait prendre chaque séance d’Aïkido.

Misogi, est aussi à l'origine un terme religieux du shintoïsme. Il désigne une activité ascétique en vue d’une purification de soi. C'est donc au travers d’une pratique très intensive, destinée à provoquer un épuisement physique et mental, et ce dans un esprit d’abnégation complet que s’effectue un exercice de Misogi.

 

 

 Chiba Sensei et Paul, CREPS Strasbourg 1975.

 

 Les exercices de type Misogi ont une part importante dans la pratique des Budos traditionnels. En conséquence le fondateur de l'Aïkido, O-Sensei, lui-même shintoïste fervent, a naturellement basé son art sur le principe Misogi. Appliqué à notre discipline, il s’agit comme le disait Nakazono Sensei, de purifier le monde en se purifiant soi-même grâce à la pratique de l’Aïkido.

Pratiquer ainsi jusqu’à l’épuisement (Misogi) ou pratiquer sagement avec un rythme plus modéré comme cela est répandu dans nos clubs, les deux sont possibles. Mais il faut au moins pratiquer de façon régulière et constante, pour comprendre petit à petit avec le corps, ou le fond de soi-même et non pas simplement intellectuellement ce qu’harmonie avec un partenaire veut dire et implique.

 Sans transformer chaque Keiko en Misogi, deux éléments sont essentiels pour une séance d’Aïkido qui ne manque pas sa cible :

1°) La pleine conscience. La conscience pleine et entière de ce que l’on fait et ce que l’on vit à tout instant est un élément fondamental de la pratique. C’est la mise en œuvre du principe cher à Nakazono Sensei : « Naka Ima », « ici et maintenant ». C’est une vigilance et une présence complète qui est exigée à tout instant. Celle-là même que nous aurions s’il s’agissait effectivement d’une question de vie ou de mort. On ne devrait jamais avoir à s’excuser sur un tatami d’une action faite par inadvertance. Cette notion également mainte fois scandée par Nakazono Sensei est aussi très présente dans le Bouddhisme Zen : ne rien faire avec un esprit absent. (3)

Nakazono Sensei et Paul, Centre sportif Universitaire de Strasbourg 1973.

 

 Et c’est la mise en œuvre de cette pleine conscience qui, petit à petit, permet de dépasser l’ego, d’aller au-delà de la dualité sujet-objet, attaquant-attaqué et d’appréhender directement, avec son corps et dans le plus profond de soi-même le concept de l’unité fondamentale qui relie les 2 partenaires dans le mouvement.

Chiba Sensei qui était aussi moine Zen, ne disait pas autre chose lorsqu’il affirmait :

« La grande erreur dans l'art du sabre est d'anticiper l'issue de l'engagement ; vous ne devez pas chercher à savoir si cela se terminera par une victoire ou une défaite. Laissez simplement la nature suivre son cours et votre sabre frappera au bon moment. Il en est de même en aïkido.

Il ne faut pas prendre une attitude dualistique à ce sujet, comme la majorité, des gens qui pensent en termes de « gagner et perdre ».Au lieu de cela, je les comprends comme étant UN, en tant qu'ACTION. Le point important est qu'il ne s'agit pas seulement d’une action au sens ordinaire mais de ce que j'appellerai une ACTION PURE. Ce qui signifie une action n'ayant ni motif, ni but mais une expression corporelle dynamique de sa liberté, de sa vérité et de sa beauté intérieure : la création intérieure. »

2°) L’attitude physique. A cette attitude mentale de la pleine conscience doit correspondre une attitude physique particulière durant la pratique de l’Aïkido, celle du relâchement physique, de la décontraction. Elle se lit facilement sur les corps et les visages. Les rictus au niveau du visage, les épaules crispées et remontées sont les signes les plus évidents de l’attitude à proscrire. Et relâchement ne veut pas dire mollesse ou absence d’effort musculaire. Mais le travail du corps, les efforts fournis, les mobilisations musculaires doivent être naturels, minimiser et à terme faire disparaître toutes les crispations parasites, révélatrices de nos craintes, de nos désirs de domination, etc. Et cela libère ou induit une respiration plus naturelle, plus profonde, qui va permettre un travail plus harmonieux.

Mais ce n’est pas plus facile que l’attention. Car très souvent l’absence de crispation ou simplement de mouvements parasites, suppose aussi une dose non négligeable de détachement. Être détaché c’est-à-dire ne pas être pris (au sens mental surtout) par son partenaire ou par la situation. C’est aussi difficile ou simple parfois, à réaliser que la vigilance extrême que l’on caractérise de « pleine conscience ».

Sur un autre niveau, c’est aussi de soi-même qu’il faut se détacher.

Au plan le plus pratique il est facile de comprendre que l’on se défend mal quand on tient trop à ne rien perdre, à ne pas se blesser, ou à ne pas perdre la vie.

Mais le détachement dont il est question se situe bien au-delà d’un enjeu de combat ou de compétition. Il faut chercher à s’abandonner et se détacher de soi-même, même alors qu’on est seul chez soi assis en méditation. Et là on rejoint à nouveau une notion très ancienne et répandue dans toutes les grandes religions (lire : Jean 12 – 25, la Bhâgava Gîtâ, mais aussi Meister Eckhart, et Alan W. Watts (4) ).

Il s’agit de l’étape la plus élevée de la réduction de l’ego, peu accessible au commun des mortels mais toujours cible des chercheurs d’absolu, qu’ils soient pratiquants d’art martial ou moines.

 

 Élisabeth et Paul Mulley, Université Mac Gill Montréal 2006.

 

Pour conclure, on peut associer très fortement l’esprit de l’Aïkido à l’esprit du Zen. Il faut comprendre l’Aïkido comme Zen en mouvement où la recherche est axée sur l’Unité. Union avec un partenaire, mais aussi à l’instar de Nakazono Sensei, union avec l’univers tout entier. De nombreux experts cités dans les lignes qui précèdent citent le même mot clé pour trouver ce chemin : celui de l’Amour.

 

Paul Muller 7° Dan Aïkikaï

 

(1)       « La Bhâgava Gîtâ » de Alain Porte Ed. Aléa (édition de poche).

(2)       “Aikido -Yurusu Budo “ by Shoji Nishio Published by Aiki News.

(3)       « Hindouisme et Bouddhisme » de « Ananda K. Coomaraswamy, chez Folio Essais.

(4)       « Eloge de l’insécurité » d’Alan W. Watts Petite Bibliothèque Payot. 

  


El espíritu del Aikido

Entre todas las disciplinas marciales o deportes de combate, el aikido se distingue ciertamente por la ausencia de competición pero también y sobre todo por la voluntad marcada, y concretizada por la estructura misma del arte, de salir de una situación de conflicto con el menor daño posible. No solamente para sí mismo, sino también, y sobre todo, para el eventual agresor. Lo mejor siendo simplemente evitar el conflicto.

Este concepto tiene principalmente una finalidad práctica. No matar (en el pasado) o herir físicamente o mentalmente a su adversario – ni siquiera hacerle “perder la cara” – evitar dejar « marcas », físicas o psíquicas, que provocarían el espíritu de venganza, de vendetta.

Esta noción se entiende también en un plano mucho más elevado : no dejar marcas corporales o mentales pero también, idealmente, no dejar « marcas kármicas ». 

Esta idea está también profundamente enraizada en el budismo Zen. La voluntad de reducir al máximo las consecuencias de una defensa coincide con la búsqueda del acto natural donde toda « acción perfecta » se realiza « sin apegarse a los frutos ». Solo entonces no deja ninguna marca (1).

Otra manera de expresarlo consiste en hablar de una acción desinteresada y natural. Inclusive en lo que podemos llegar a tener que hacer para defendernos. Se trata de no hacer nada si no es realmente necesario o si no se impone naturalmente, Más aún, es necesario, en la práctica cotidiana de la disciplina, pensar en parar nuestro golpe, nuestra fuerza, nuestro impacto (Jo) o nuestro corte (Ken, Iaïto, Shinken) en el trabajo de los movimientos de base. De este modo, en un plano más elevado, trabajamos con un espíritu de clemencia, de misericordia

Esto era un leimotiv de Nishio Sensei (1927 – 2005) cuando enseñaba.

No es por casualidad que llamó a su única obra escrita sobre el Aikido (2) : « Aïkido –Yurusu Budo ». Lo que puede traducirse por : « Aikido - el Budo del perdón, de la mansedumbre ». 

La traducción inglesa de Yurusu Budo es : « Budo de la aceptación ». Según esta perspectiva, nuestra disciplina está basada sobre una aceptación recíproca, primero la de Tori (aquel que es atacado) que va a aceptar el ataque para luego por supuesto esquivarlo a último momento. Luego en el desarrollo de la técnica será Uke (el que ataca inicialmente) quien será llevado a aceptar un cambio importante de situación. Es por eso también que Nishio Sensei hablaba del Aikido como un intercambio, un ejercicio de recibimiento y de tolerancia.

Nishio Sensei repetía con frecuencia que en la mayoría de las técnicas, ya sea en la forma de manos vacías como con el Ken, el Jo o el sable, tenemos 4 o 5 oportunidades de terminar brutalmente el encuentro con un golpe (atemi a un punto vital), o en el caso del sable con un corte. El ideal de la práctica del Aikido es sin embargo de no hacer uso de esa posibilidad. Primero eso permite, en los Kumitachis que reproducen las técnicas de Aikido a manos limpias, efectuar el movimiento completamente. Pero también permite, por así decir, interrogar a nuestro « compañero-adversario » en cada etapa en la que se ejerce esta mansedumbre : queremos realmente eso?

 Nishio Sensei y Paul, CREPS Strasbourg 1996.

 

El Aikido ofrece así una nueva vía : la de un Budo del recibimiento, de la aceptación.

El Aikido ha sido creado por su fundador O Sensei Morihei Ueshiba para permitirnos seguir este camino : el de vivir, dejar vivir, recibir y perdonar a través de cada una de las técnicas de base.

Esta idea está presente desde el comienzo. En Aikido no hay « guardia » o una postura particular de espera que podría aparentarse a una provocación. Solamente una postura natural. El Kamae (la guardia) se caracteriza entonces como Mu-Kamae (« sin guardia »). Sin guardia física aparente, pero no a nivel mental donde la guardia (vigilancia y concentración) está bien presente. Con Nishio Sensei es el caso en el trabajo a manos vacías, pero también en trabajo con el Ken o el sable.

Luego encontramos también esta idea justo después del ataque, después del De-Ai (toma de contacto) donde se produce la fase importante de « Michibiki », « la conducción » o la dirección del compañero-adversario. Es en esta fase que se expresa todo el espíritu de la disciplina, ya que esta fase va a mostrar físicamente que los 2 actores del intercambio han pasado de una situación de oposición (antes y durante el ataque) a la del seguimiento de una misma dirección en la técnica que se desarrolla. Y si el movimiento se desarrolla tal como está previsto, los dos actores no son más que UNO, hasta la conclusión, el Ukemi o el control en el suelo (Osae).

Esta idea se expresa a la perfección en las palabras mismas de O Sensei : « El verdadero BUDO es una obra de Amor. Es dar la vida a todos los seres y no matar o luchar contra los otros. El Amor es la deidad protectora de todas las cosas. Nada puede existir sin él. El Aikido es una realización del Amor.

El verdadero BUDO es una protección amante de todos los seres en el espíritu de reconciliación. Reconciliación para realizar su propia misión El secreto está en armonizarse con el movimiento del universo y en ponerse de acuerdo con el universo mismo. »

Para llegar, aunque sea un poco, a acercarse a este camino, a este espíritu particular de apertura, de recibimiento, de tolerancia y finalmente de amor que debe sostener todo el trabajo en Aikido, es el ego lo que hay que reducir. Y el modo de practicar, la manera en que se lleva adelante el Keiko (la práctica) debe conducirnos a ello. Es la función misma del Dojo.

La palabra DOJO, que es inicialmente un término religioso, designa el lugar para llegar a la realización de la Vía. Es un lugar donde estamos expuestos, y donde se afrontaba, antaño, la vida y la muerte, la creación y la destrucción en sí mismo, la desnudez interior. Actualmente es el lugar donde no hay discriminación entre rico y pobre, jóven y viejo, hombre y mujer, fuerte y débil. Es el lugar en el que debería efectuarse una seria reducción del ego, a través del trabajo sobre sí mismo, ciertamente físico pero también mental. 

Cada sesión de entrenamiento debería vivirse como un Misogi. El concepto de Misogi viene aquí también a subrayar el aspecto particular que debería tomar cada sesión de Aikido. Misogi también es, en su origen, un termino religioso del sintoísmo. Designa una actividad ascética que busca la purificación de sí mismo. Es entonces a través de una práctica muy intensa, destinada a provocar un agotamiento físico y mental, en un espíritu de abnegación completa, que se efectúa un ejercicio de Misogi.

Chiba Sensei y Paul, CREPS Strasbourg 1975.

 

Los ejercicios de tipo Misogi tienen un lugar importante en la práctica de los Budos tradicionales. Por lo tanto, el fundador del Aikido, O Sensei, ferviente sintoísta, basó naturalmente su arte sobre el principio del Misogi. Aplicado a nuestra disicplina se trata, como decía Nakazono Sensei, de purificar el mundo purificandose a sí mismo gracias a la práctica del Aikido.

Practicar así hasta el agotamiento (Misogi) o practicar sabiamente con un rítmo más moderado como suele hacerse en nuestros clubes, las dos maneras son posibles. Pero hay que practicar al menos de manera regular y constante, para comprender poco a poco con el cuerpo, o con el fondo de uno mismo, y no simplemente con el intelecto lo que significa y lo que implica la armonía con un compañero.

Sin transformar cada Keiko en Misogi, dos elementos son esenciales para una sesión de Aikido que no falle su objetivo :

1°) La plena consciencia. La consciencia plena y entera de lo que hacemos y de lo que vivimos a cada instante es un elemento fundamental de la práctica. Es la puesta en práctica del principio que tanto apreciaba Nakazono Sensei : « Naka Ima » , « aqui y ahora ». Es una vigilancia y una presencia completa, exigida a cada instante. La vigilancia y la presencia que tendríamos si efectivamente se tratara de una cuestión de vida o muerte. No deberíamos jamás tener que excusarnos sobre un tatami por una indavertencia. Esta noción también enseñada repetidas veces por Nakazono Sensei está también muy presente en el Budismo Zen : no hacer nada con un espíritu ausente. (3) 

Nakazono Sensei y Paul, Centre sportif Universitaire Strasbourg 1973.

 

Y es la aplicación de esta plena consciencia la que, poco a poco, permite superar el ego, ir más allá de la dualidad sujeto-objeto, atacante-atacado y aprehender directamente, con su cuerpo y en lo más profundo de sí mismo, el concepto de la unidad fundamental que une a los dos compañeros en el movimiento.

 Chiba Sensei que era monje Zen, no decía otra cosa cuando afirmaba : « El gran error en el arte del sable es anticipar el desenlace del combate ; no debe buscar saber si terminará por una victoria o una derrota. Deje simplemente la naturaleza seguir su curso y vuestro sable cortará en el buen momento. Es lo mismo en Aikido. No hay que tomar una actitud dualística en este tema, como la mayoría de las personas que piensan en términos de « ganar y perder ».

En cambio, yo las comprendo como UNO, como ACCIÓN. El punto importante es que no se trata de una acción en el sentido ordinario, sino que se trata de lo que llamaría una ACCIÓN PURA. Lo que significa una acción que no tiene motivo ni finalidad pero que es una expresión corporal dinámica de su libertad, de su verdad y de su belleza interior : la creación interior. » 

2°) La actitud física. A esta actitud mental de la plena consciencia debe corresponder una actitud física particular durante la práctica del Aikido, la de la relajación física y la descontracción. Esta se lee facilente en los cuerpos y los rostros. Un rostro con los trazos tensos, o los hombros crispados y levantados son los signos más evidentes de la actitud que debemos proscribir. Desde luego la descontracción no significa la blandura o la flojedad, o la falta de esfuerzo muscular. Pero el trabajo del cuerpo, los esfuerzos proporcionados, la mobilización muscular deben ser naturales, minimizar y a término hacer desaparecer todas las crsipaciones parasitarias, que revelan nuestros temores, nuestros deseos de dominación, etc. Y eso libera o induce una respiración más natural, más profunda, que va a permitir un trabajo más armonioso.  

Pero no es más fácil que la atención. Porque con frecuencia la ausencia de crispación o simplemente de movimientos parásitos supone también una dosis considerable de desapego. Estar desapegado significa no estar tomado (sobre todo en el sentido mental) por su compañero o la situación. Es tan díficil, o a veces tan simple de realizar como la vigilancia extrema que se caracteriza como « plena consciencia ». 

En otro plano, hay que desapegarse también de sí mismo. En el plano más práctico, es fácil comprender que nos defendemos mal cuando nos apegamos demasiado a no perder nada, a no lastimarnos o a no perder la vida. Pero el desapego del que se trata aquí se encuentra más allá de lo que está en juego en un combate o una competición. Hay que buscar el abandono y el desapego de sí mismo, mismo cuando estamos en casa, sentados en meditación. Es aquí que encontramos nuevamente una noción muy antigua y frecuente en todas las grandes religiones (leer: Juan 12 – 25, el Bhâgavad Gîtâ , pero también Meister Eckhart, y Alan W. Watts (4) ). Se trata de la etapa más elevada de la reducción del ego, poco accesible al común de los mortales, pero que continúa siendo el objetivo de los buscadores de absoluto, ya sean practicantes de artes marciales o monjes.

 

Élisabeth y Paul Mulley, Mac Gill Universidad Montréal 2006.

 

Para concluir, podemos asociar muy fuertemente el espíritu del Aikido al espíritu del Zen. Hay que entender el Aikido como Zen en movimiento, donde la búsqueda se basa sobre la Unidad. Unidad con nuestros compañeros, pero también, como preconizaba Nakazono Sensei, unidad con el universo entero. Numerosos expertos citados en las lineas que preceden citan la misma palabra clave para encontrar ese camino : la palabra Amor. 

 

Paul Muller 7° Dan Aïkikaï 

 

.(1)  « El Bhâgava Gîtâ » de Alain Porte Ed. Aléa (edición de bolsillo). 

.(2)  “Aikido -Yurusu Budo “ por Shoji Nishio, Publicado por Aiki News. 

.(3)  « Hinduísmo y Budismo » de « Ananda K. Coomaraswamy , Folio Essais. 

.(4)  « Elogio de la inseguridad » de Alan W. Watts. Petite Bibliothèque Payot.

 

De retour de mon voyage du Japon depuis hier. Comme à chaque fois depuis près de 30 ans, je retrouve certains pratiquants le matin au Hombu dojo de Tokyo au cours du Doshu (6h 30 – 7h 30). Ils ne semblent pas se poser de questions. C'est la pratique pour la pratique, l'Aïkido pour l'Aïkido.

Lire la suite : Le détachement et la relaxation.

Un article intéressant, paru le 17 novembre 2014, dans le New-York Times, à lire en cliquant ici.